BLOG “ACTUALITÉ et ANTIQUITÉ”


AOÛT 2020

Le Liban au fil de l’antiquité…

4 Aout 2020 : onde de choc sur Beyrouth. Depuis des millénaires, les peuples qui vivent sur le front méditerranéen de ce Proche-Orient connaissent le prix de l’impermanence de la vie.

Tyr , Sidon, Beryt, Byblos… dans l’Antiquité ces villes du Liban actuel s’inventent comme de petits festons sur le bord de mer, appelant leurs habitants à explorer le monde, là-bas, au-delà de l’horizon marin.

Les bateaux s’aventurent, offrant à ce peuple antique, un destin de grands navigateurs couplé à une identité de commerçants internationaux.

Dans leurs embarcations, il y a des marchandises exotiques venues de tous pays mais aussi des idées interculturelles et des mythes lointains qui colonisent peu à peu le pourtour de la Méditerranée, mêlant des dieux et des héros nés aux quatre coins du monde antique. La grande Carthage est leur comptoir le plus fameux.

Sous la protection des grands empires de l’Antiquité ( Égyptien, Achéménide, Perse, Grec, Romain…), ces hommes bénéficient dès l’Âge du Bronze des atouts d’une multitude de cultures brillantes. 

Mais ce qui caractérise leur vie de tous les jours, c’est l’exploitation d’un petit coquillage généreux, le Murex. Celui-ci leur offre l’opportunité d’un savoir-faire unique : la production de pourpre. Leurs habits tout comme les voiles de leurs bateaux, rayonnent de ce rouge si caractéristique qui prendra une valeur inimitable dans tout le monde antique et sera convoité par les grands Rois et les petits.

Il y a 4.000 ans, Eux s’appelaient Cananéens. Mais les Grecs de l’Antiquité, admirant leur talent de teinturiers, les nommèrent PHÉNICIENS. Pourquoi ? Parce que phoînix – φοῖνιξ signifie en grec ancien, couleur de sang, et par extension couleur pourpre.

Les Grecs, eux-mêmes en constante ouverture d’esprit, avaient bien compris tout leur intérêt à fréquenter de tel voisins… L’île de Chypre fut le trait d’union entre ces deux peuples. Et les Grecs qui avaient entrepris une ambitieuse révolution intellectuelle, s’empressèrent d’emprunter à ces Phéniciens avisés, leur alphabet. Ce génial système de communication s’il est utile aux marchands, pouvaient être non moins efficace pour véhiculer des idées philosophiques… Les Grecs ajoutèrent les voyelles et le tour fut joué !

Les Phéniciens étaient des artisans incomparables. Ils maîtrisaient entre autres, une technique de verre soufflé qui attirait les convoitises par sa transparence étonnante.

En 333 avant J.-C., suite à la bataille d’Issos, Alexandre le Grand annexa la région. Ses héritiers séleucides et lagides ferraillèrent tant le pays était prospère et enviable. Les Grecs apportèrent leurs savoirs. Puis, au Ier siècle avant J.-C., les Romains eurent de nouvelles prétentions pour ces terres, construisant par-dessus les édifices grecs…

La succession de toutes ces cultures fit de ces terres une mosaïque incontournable du monde antique. Cette mémoire est précieuse à notre compréhension de l’Antiquité et demeure notre patrimoine universel. 

Suggestion de lecture : HERODOTE, livre III

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

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JUILLET 2020

L’intuition, cette contre-croyance…

Inaliénable, implacable, votre intuition s’impose.  Il vous a fallu peu de temps pour estimer cette personne inconnue, cette chose nouvelle ou cette situation inédite. Tous vos sens ont donné leur avis !

Mais soudain, voici qu’une sournoise pensée vient déloger votre appréciation… 

– Et si je me trompais ?

Une armée de croyances se dresse, redresse et corrige le tir. Le doute, grand commandant en chef, installe le camp, organise l’incertitude, efface les premiers sentiments, fait appel au raisonnable…

Embarrassé, vous laissez faire l’analyse. 

C’est alors que les croyances limitantes ferment la marche… Elles sont si nombreuses à tergiverser ! Elles sont si nombreuses à troubler votre bon sens ! Elles sont si nombreuses à figer votre libre-arbitre !

Voyez-vous ces dernières ? Les entendez-vous ? Les sentez-vous ? Les identifiez-vous ?

Et si parfois, vous écoutiez votre intuition* ? Celle-ci saurait-elle vous aider à les démasquer ? 😊

* Dans la Grèce antique, l’intuition était souvent un sentiment expliqué par une inspiration divine, la lumière aidante d’un dieu bienveillant… Ainsi, les héros de la Mythologie expliquent-ils leurs intuitions par des pensées soufflées par les dieux. Ce sentiment les pousse à agir. En effet, ils se sentent rassurés par Apollon, Athéna et bien d’autres encore qui, selon leur champ d’action, sauront les guider et leur permettre de se dépasser… Dans l’Iliade et dans l’Odyssée, Homère dépeint avec subtilité la danse des dieux de l’Olympe qui veillent et conseillent entre mythe et réalité.

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

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JUIN 2020

La story des Héros.

Réseaux sociaux : séducteurs dans l’âme.

Mythologies : miroirs de l’âme.

Où sont les héros ?

Aujourd’hui, les mises en scènes virtuelles des stories sur les réseaux sociaux nous exposent sous notre meilleur jour et mettent en avant nos merveilleux exploits. À n’en point douter, nous sommes tous des héros…

Certes, chaque anecdote est présentée comme une expérience digne de l’interêt de tous. Quelques clics pour quelques heures de gloire, et voilà de petits moments de la vie quotidienne soigneusement remodelés en aventures héroïques ! Retouches de photos, sorties de contexte, ajustements du cadre… tous les moyens sont bons pour mythifier la grande épopée Métro-Boulot-Dodo…

En postant machinalement sur les réseaux sociaux, ne nous prenons-nous pas un peu pour des dieux de l’Olympe ? Nos stories idéalisées ne sont-elles pas un peu mytho ?  En d’autres termes, nous, héros des stories idéales, saurions-nous rivaliser avec les héros des mythes grecs ?

Celui qui a pris le temps de s’immerger dans les textes d’Homère, d’Hésiode ou de Pindare sait à quel point les mythes sont incroyablement révélateurs de nos pensées secrètes.

Car la mythologie nous inspire une douce méditation sur notre condition humaine. Elle s’adresse à nous individuellement, nous touche personnellement, entre dans notre intimité. En narrant les exploits des héros et en se raillant des déboires des méchants, elle agit comme un miroir et non comme une vitrine. Elle est une littérature pré-philosophique pour nous aider à réfléchir et à comprendre le monde qui nous entoure. Elle nous interroge. Ainsi, il y a fort à parier qu’elle peut nous en apprendre plus sur nous-même que nous ne pourrions le faire grâce aux réseaux sociaux.

Notons que ces aventures mythologiques, si elles nous font réfléchir sur ce que nous pourrions faire, dire ou devenir, ne nous exposent pas vainement à la diatribe collective ou aux jugements arbitraires comme le ferait un post mal maîtrisé. Elles ne risquent pas de nous faire de mal puisqu’elles ne nous impliquent pas directement.

Achille, Ulysse, Médée ou Hippodamie, tous ces héros nous mettent en garde autant qu’ils nous rassurent. Ils nous guident dans notre vie sociale sans nous exposer. Ainsi, par la magie de nos émotions et de notre imagination, nous découvrons les conséquences des actes d’Hybris* sans avoir à les vivre. Narcisse prend l’avantage !

La force des héros des mythes c’est de façonner en nous tout doucement, une pléiade de vérités que l’on atteindra au gré de nos envies, chacun à notre rythme.

Entre mythe et réalité, les images de la mythologie grecque sont de simples photos retouchées par le logiciel de notre bon sens. Celles-ci s’enchaînent en temps réel sur le mur de nos interrogations et nous apprennent à grandir tout au long de notre vie… Entre mythe et réalité, l’homme a le choix de naviguer. Et pour cela, il n’a pas forcément besoin d’abonnés ! 😉

*Hybris – ὕϐρις :  démonstration d’orgueil, d’égo, de démesure, d’arrogance, d’impudence qui entraîne un châtiment des dieux. La mythologie grecque fait très souvent état de situations d’hybris afin de mettre en garde les hommes sur le danger qu’il y a à céder aux illusions. 

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

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MAI 2020

Fleur de Mai…

Pour beaucoup d’entre nous, l’évocation du muguet marque le 1er mai…

Dans l’Antiquité, on appelait le muguet : polygonatonce qui signifie littéralement, “la plante à noeuds nombreux” – poly traduit par “plusieurs” et gonu, par “genou”.

Ce n’est pas à ses petites clochettes blanches que le muguet doit son nom antique mais plutôt à ses racines en rhizome qui, tels de minuscules segments articulés en petits noeuds, circulent sous la terre.

Toutefois, la fleur fragile du mois de Mai retient notre attention par son parfum inégalé et ses clochettes éphémères.

Quelques jours, quelques semaines tout au plus, puis s’en va !

On rapporte qu’Apollon, le dieu de la poésie, de la musique, de la médecine et des arts, avait recouvert le Mont Parnasse près de Delphes, avec plein de fleurs de muguet pour charmer les neuf Muses ! Le croyez-vous ?! 😊

Quoiqu’il en soit, il est plus que jamais important de donner du sens à notre quotidien. Confinés pour contenir la pandémie qui nous occupe en ce printemps 2020, restons en éveil devant notre fenêtre !

N’hésitons pas à noter les jalons que nous offrent nos calendriers et leurs saisons merveilleuses ! Ne sont-il pas des points de repère bien utiles à notre équilibre ?

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

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AVRIL 2020

Deus ex machina !

Cette expression issue du grec peut être traduite par “le dieu sortant de la machine” ! Mais que signifie-t-elle ?

Souvent, dans les tragédies grecques, les personnages font face à des circonstances difficiles. Et ils se retrouvent dans l’impasse… Personne ne sait comment ils vont pouvoir s’extirper de leurs malencontreuses aventures. Seule une intervention surnaturelle semble être en mesure de débloquer la situation…

Un artifice s’impose : l’apparition inopinée d’une divinité sur la scène du théâtre va en effet, sauver la donne !

Par le truchement d’effets spéciaux – et oui ! dans l’Antiquité, on n’hésitait pas à jouer avec les illusions ! – un appareil de levage caché dans le décor hisse au dessus de la scène un acteur représentant une divinité. Celle-ci, en livrant sa sentence, va permettre d’équilibrer les forces de la destinée et de sceller le sort des protagonistes.

Deus ex machina ! Le tour de passe-passe débloque toutes les situations et ce COUP DE THÉÂTRE pendant lequel une divinité va permettre une issue quelque peu “magique” est bienvenu pour permettre le dénouement de l’intrigue !

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

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MARS 2020

Reflet d’Histoire ?

De grandes épidémies touchèrent jadis les hommes de l’Antiquité. Leur soudaineté et l’impuissance qu’elles généraient dans les populations, scellèrent le destin de nombreuses communautés. Ainsi, la puissante Cité d’Athènes n’échappa pas à cette épreuve

L’épisode que l’on appelle « la peste d’Athènes » eut lieu vers 430 avant J.-C. et s’impose encore de nos jours à la mémoire de l’Humanité, tant il fut effroyable. 

L’historien Thucydide ayant survécu à cette attaque silencieuse, nous raconte avec fatalisme comment la propagation du mal fut imparable. (lire « La guerre du Péloponnèse », livre II, 47-54). 

Sous la menace militaire des Spartiates, la Cité se trouvait alors en état de siège. Les Athéniens, réfugiés entre de hautes murailles censées les protéger de leurs ennemis, résistaient. Mais soudain, ils furent frappés d’une maladie vraisemblablement introduite par voie maritime jusqu’au cœur de la ville. 

Aujourd’hui, rien ne prouve qu’il s’agissait véritablement de la peste. Peut-être était-ce une typho-malaria. Thucydide décrit les différents symptômes, raconte les soins, parle des remèdes … 

– Ce genre de maladie dépasse la force des mots, dit-il.

Mais il dépeint aussi la nature humaine sans filtre, la stupéfaction, la colère contre l’Autorité, le découragement, la lutte pour la survie, la solidarité, la corruption.  Thucydide rapporte que chacun, qu’il soit médecin ou non, donnait son avis sur les causes d’un tel fléau. Au regard de l’état de belligérance, aucune échappatoire n’était possible et les moyens logistiques pour faire face à une crise sanitaire étaient réduits.

De plus, les connaissances médicales et l’hygiène de l’époque annonçaient une longue période d’endurance difficile.  L’indiscipline et l’individualisme s’ajoutant à ces lacunes précipitaient le chaos. Le grand stratège de la Cité antique, Périclès, fut lui-même victime de l’épidémie dont on dit qu’elle décima un quart de la population athénienne.

De tous temps les hommes eurent à faire face à des pandémies. Chaque fois, celles-ci trahissaient leur ignorance cruelle d’une nature invisible faite d’organismes microscopiques ennemis. Les témoignages des peintres, des écrivains ou des savants ont su graver dans les esprits les images de ces attaques biologiques. L’impermanence de la vie, concept cher aux Grecs de l’Antiquité, se rappelle à nous avec force dans ces moments-là, remettant en question nos Hybris sans ménagement. 

Certes, dans les faits, l’épisode de « la peste d’Athènes » a peu de commune mesure avec ce que nous vivons actuellement. Il faut pourtant être vigilant et ne pas oublier les témoignages du passé qui nous rappellent les travers de la nature humaine, ceux-ci mêmes qui vont à l’encontre de l’intérêt général.

Aujourd’hui, grâce aux remarquables découvertes de nos scientifiques, bactéries et virus n’avancent plus masqués. Nous sommes capables de les saisir sous nos microscopes, de les regarder en face comme on observe une armée adverse. La Nature reste cependant puissante ; Démocrite, Épicure, Marc Aurèle et bien d’autres penseurs de l’Antiquité savaient combien nous sommes fragiles devant elle. Toutefois, ils soutenaient que nous avons le devoir de la connaître, de la réfléchir, de l’apprendre… La Nature est connaissable et pour ceci, Prométhée nous a doté de raison. 🙂

Voilà tout le défi de nos chercheurs, face au Covid 19 ! Car c’est la connaissance – Sophia – qui permettra de freiner la propagation de cet ennemi qui a déclaré la guerre à l’espèce humaine.

Toutefois, avant de trouver les remèdes et de lever les armes, il faut nous protéger et limiter les ravages. 

Pour cela, éduquons, encourageons, responsabilisons, enseignons, fédérons, soutenons et surtout, remercions tous ceux qui participent chacun avec leurs talents, à l’état d’urgence.

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

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REPORT !

28 Mars 220 : 2ème salon du Livre Antiquité – Lyon

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À découvrir, pour tous les curieux des langues et des cultures de l’Antiquité :

lectures, expositions, films, conférences, médias….

Arrête ton char !

lien vers le site : https://www.arretetonchar.fr

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Dédicace GIBERT JEUNE, quai Saint-Michel, PARIS : 20 Mars 2020

REPORT !

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Dédicace spéciale : une attention particulière pour toutes les femmes, le 8 Mars 2020 à La Cocothèque-06

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JANVIER 2020

Conférence au MACM

Philosopher au pluriel…
Comment les pensées de nos Antiques pourraient nous aider à naviguer dans ce monde nouveau ?

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Décembre 2019

Jeux de mots

GC

Extrait de « Big Bang chez les Grecs ; Entre mythe et réalité  Tome I », Géraldine Crevat.

https://www.editions-persee.fr/author/geraldine-crevat/

          “Depuis la nuit des temps, les hommes et les femmes commentent leurs vies, les interprètent, les anticipent, se nourrissent d’espoir, s’enveloppent de peurs aussi.

En Grèce, avant même que l’écriture n’existe, ils se laissaient convaincre par des rhapsodes, ces poètes antiques porteurs de jarres ventrues depuis lesquelles s’écoulaient de fabuleux récits aux promesses célestes. Ils racontaient en chantant le monde d’avant, le monde que personne n’avait connu, le monde alors qu’il se créait à partir du néant. L’histoire de ces temps anciens qui célèbre l’origine de la vie, constitue ce que nous appelons la mythologie.

       L’étymologie de ce mot est parfois facétieuse et se joue avec bonheur des définitions académiques des dictionnaires. Espiègle, elle nous emporte alors dans un labyrinthe sans issue où ses origines dérivent à en perdre la raison. Laissons-nous distraire par « mythologie » et attardons-nous quelque peu sur son sens primitif.

       Nous voilà déjà dans l’impasse… Car enfin, mythos – μuθος signifiant « parole exprimée » et logos – λόγος se traduisant par « parole », on peut se demander pourquoi ce vocable est formé de deux notions identiques !

Voici un mot bien curieux qui au lieu de nous porter en puissance et de nous offrir un sens enrichi, nous interpelle par son inertie… Redondance ? Pléonasme ? Tout cela n’est pas très clair, vous en conviendrez ! Et si cette double parole avait toutefois une raison d’être ?

       La question étant posée, il n’en fallait pas moins pour inciter l’adolescente que j’étais à pousser la porte d’un univers fascinant, celui de l’histoire des mots.

Timidement, je m’autorisais à soulever le coin d’un voile poussiéreux sur ce que d’aucuns appellent langue morte et que je préfère aujourd’hui appeler langue mère. J’abandonnais l’inertie pour entrer dans une matrice joueuse où les lettres et les sons suggéraient mille cousinages.

       Après celui du latin, je découvrais alors l’impact extraordinaire que le grec ancien avait exercé sur notre vocabulaire. Irrémédiablement, mes interrogations me laissaient entrevoir combien l’étude des racines des mots pouvait ouvrir les portes de la connaissance.

Assurément, en cette fin de XXe siècle, le grec ancien faisait pâle figure en regard de centres d’intérêts nouveaux comme les technologies numériques. Il me fallait alors contourner les obstacles d’un apprentissage traditionnel, voire pire, conventionnel…

        Ringard, démodé, suranné, l’attrait pour les langues antiques relevait de la gageure. Si le latin se contentait encore de quelques résidus de bienveillance collective, il fallait bien reconnaître que le grec souffrait d’indifférence. Les cours dispensés dans les lycées et universités tendaient à disparaître. Le monde semblait mésestimer la formidable richesse véhiculée par l’histoire de ces mots et déjà ma génération s’affranchissait de ce patrimoine dans une ignorance toute naïve.

       Langue subtile et généreuse, le grec ancien avait deux ennemis : le premier était le passage obligé du latin auquel la plupart s’initiaient plus par devoir que par passion. L’exercice permettait de légitimer des siècles de clivages sociaux. Quel biologiste, médecin ou pharmacien ne s’est-il pas frotté à une exigence latiniste ?

Le deuxième était l’entrée en piste d’un nouvel animal de compagnie : le personal computer. Celui-ci s’enorgueillissait de nouveaux mots aux sonorités anglo-saxonnes. Et tout naturellement, nos constructions mentales changeaient de décor.

       Acmé versus has been… Le grec semblait faire les frais de la suprématie d’un regard qui se voulait tourné vers le futur sans tenir compte de son passé. Plusieurs décennies plus tard, la négligence se fit préjudiciable…

       Ainsi je comprenais que le grec s’immisçait partout. Il se cachait au plus profond de nos racines, au cœur même des concepts de notre civilisation occidentale. À l’image de petits cailloux semés sur la route du langage, il servait de guide et expliquait les fondements de notre organisation sociétale.

D’ailleurs, l’éco-nomie ne saurait encore aujourd’hui se passer des mots grecs oikos (éco-) et nomos (-nomie). Si l’on sait que oikos signifie maison et nomos, loi, on comprend que ce tandem bienveillant alliait jadis la notion de propriétés familiales exploitables et de leurs règles de fonctionnement. Il s’agissait de tirer le meilleur parti possible de l’endroit où l’on vivait et de le considérer comme instrument de production qu’il soit agricole ou artisanal.

L’idée est toujours aussi pertinente si l’on substitue aux grandes maisons des Grecs de l’Antiquité nos entreprises contemporaines. Car le modèle de base est bien celui-ci, avec l’administration de son personnel et de son produit annuel. Ainsi, conformément à son étymologie, l’éco-nomie définit la gestion des activités d’un bien. Assurément, il eut été contre-productif de laisser stagner là ces eaux dormantes.

        Je relevais le défi et plongeais avec délice dans l’alphabet grec dont les contours alambiqués soutenus par la grâce mystérieuse des volutes ajoutaient à ma curiosité.

Dérobant aux scientifiques leurs symboles, je faisais phi (φ) du nombre d’or et m’appliquait à ingérer alpha (α), béta (β), puis leurs vingt-deux autres compagnes. Peu à peu, les lettres se mirent à danser, devinrent syllabes, mots, phrases puis textes. Le grec rayonnait par-delà même la composition des mots !

Les écrits d’Homère prirent soudain un autre sens et vinrent éclairer ceux de Jules Verne. Les fables d’Ésope illuminèrent celles de La Fontaine. Les facéties d’Aristophane firent scintiller celles de Molière.”

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

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Automne 2019

Saison rousse

GC

     Les anciens, par la conscience qu’ils avaient de l’impermanence de la vie, saluaient Dame Nature pour tous les changements qu’elle impulsait au cours de l’année… Et le début de l’AUTOMNE marque ce tempo en offrant une facette renouvelée du monde qui nous entoure… 

       Pour beaucoup d’entre nous, le mois d’octobre accueille notre routine. Durant ces dernières semaines, nos activités ont souvent bataillé au coude à coude pour se faire une place dans nos emplois du temps d’Hommes modernes. Après quelques tâtonnements, nos quotidiens d’octobre semblent avoir enfin trouvé un JUSTE ÉQUILIBRE pour lequel nous sommes prêts à jurer constance et fidélité jusqu’à l’été prochain ! 

Toutefois, nous savons tous que l’Automne, avec son cortège de nuages et ses variations de lumière, travaille à épuiser même les plus dynamiques de nos motivations…

       En Automne, on voit se transformer notre terrain de jeu. C’est le temps des nuits plus longues, le temps des parapluies, le temps des manteaux qu’il faut retrouver au fond des armoires… Alors l’Automne, c’est un peu le temps du deuil de nos activités estivales… Ainsi, face aux nouvelles humeurs de la Nature, chacun prend conscience qu’il est temps d’accepter et d’acter la rentrée…

       Et si nous regardions l’Automne à la manière des anciens ? Et si nous ressentions ces mois qui nous préparent à l’hiver avec tous nos sens ? 

       Car l’Automne c’est aussi le temps des feuilles qui rougissent sous l’effet de quelque émotion inconnue, c’est le temps des parfums d’humus réveillés par une myriade de champignons sortis de terre brusquement, c’est le temps des châtaignes qui offrent leurs saveurs nourrissantes et réconfortantes, c’est le temps des ciels irisés et imprévisibles qui s’effilochent en contre-jour. Soyons attentifs à tous ces changements. Prenons plaisir à observer la mécanique merveilleuse du monde qui nous entoure. Percevez-vous tout cette effervescence feutrée qui s’organise dans les arbres, sous terre, dans le ciel ? Végétaux et animaux répondent en coeur aux variations de saisons… Chacun sait ce qu’il a à faire. Ceux-ci façonnent leur nid, d’autres se réunissent pour migrer vers le sud, ceux-là engrangent des provisions sous terre… Et vous ? Que faites-vous aujourd’hui pour préparer l’hiver ?

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

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Septembre 2019

La vigne donnée par…

     Septembre… l’heure des vendanges ! Mais savez-vous que cette tradition millénaire est étroitement liée à l’histoire extraordinaire de DIONYSOS ? Avez-vous déjà entendu parler de ce dieu du panthéon grec qui dit-on, fit don de la vigne aux hommes de l’Antiquité ?
       DIONYSOS ne fit rien comme les autres dieux grecs ! Il commença à se faire remarquer dès sa venue au monde ! En effet, sa naissance fut si surprenante que nous en parlons encore ! Voilà un personnage qui peut se vanter d’être NÉ DE LA CUISSE DE JUPITER !
       La mère de DIONYSOS, Sémélé, fut foudroyée par la jalouse Héra (l’épouse de Zeus) alors qu’elle était enceinte. Pour sauver l’enfant, son père Zeus (Jupiter pour les Latins) préserva le foetus en le cousant à l’intérieur de sa cuisse. Ainsi la grossesse put être menée à son terme.
       Une fois né de la cuisse de Jupiter – oups ! né de la cuisse de Zeus – , le dieu orphelin par sa mère fut élevé en Asie mineure au coeur d’une Nature sauvage.  Là, le jeune DIONYSOS découvrit mille libertés et s’inspira des mille sensations que cette Nature précieuse lui offrait spontanément.
Sur un coteau ensoleillé, il remarqua quelques pieds de vigne. Il apprit à les cultiver et tira de leurs fruits un jus d’une couleur incomparable. Dans cette aventure, Nymphes, Ménades et Satyres le suivaient sans cesse en un cortège bruyant. On comprendra aisément pourquoi tout ce petit monde assoiffé n’avait aucune retenue et perdait souvent la raison… Laissant aller et venir les instincts des uns et des autres, la joyeuse troupe menée par DIONYSOS envahissait forêts et campagnes, montagnes et ravins. DIONYSOS parcourait un monde sans frontière, sans contraintes, un monde de musiques et de danses effrénées…
       Comme DIONYSOS n’était pas le bienvenu auprès de la Jalouse Héra, il vivait loin des autres dieux de l’Olympe. Parfois, il lui arrivait de demander l’hospitalité aux hommes. C’est d’ailleurs pour les remercier de leur accueil bienveillant qu’il offrit jadis la précieuse vigne aux Grecs. Il leur enseigna comment fabriquer le vin. Voilà pourquoi les textes de la mythologie nous présente DIONYSOS comme un dieu civilisateur.
Tendez bien l’oreille… L’entendez-vous rythmer nos quotidiens de ses musiques enjouées ? Peut-être le rencontrerez-vous en septembre au creux des vallons vermeils. Car il se peut qu’il veille au milieu des sarments alors qu’il est grand temps pour nous, de récolter les grappes de raisin…

Géraldine Crevat – Tous droits réservés