BLOG “ACTUALITÉ et ANTIQUITÉ”

JUILLET 2021

Qui porte « le pantalon » ?

On rapporte que dans l’Antiquité, celle qui mit « le pantalon pour femme » à l’honneur, avait de bonnes raisons de le faire…

            Si depuis quelques décennies, les pantalons sont des vêtements communément utilisés par les femmes, il n’en fut pas de même par le passé. En effet, il a fallu de la constance aux pionniers de la Haute Couture française tout au long du XX° siècle, pour imposer cette conversion masculin-féminin. 

            Et si nous faisions un petit retour en arrière, soit plus de 2.800 ans plus tôt ? 

            Au IXème siècle avant J.-C., la reine assyrienne Sammuramat marqua l’histoire de sa forte personnalité. On connait aujourd’hui cette femme extraordinaire sous le nom de Sémiramis*. De nos jours encore, à la simple évocation de Sémiramis, c’est tout notre imaginaire qui cède au charme de l’Orient.

            Or Sémiramis n’est pas un simple personnage source d’inspiration des Milles et une nuit ! Il s’agit d’une guerrière, d’une audacieuse, d’une conquérante. 

            Elle se bat aux côtés de son mari pour étendre leur royaume. Ainsi, le roi peut-il toujours compter sur l’intelligence stratégique exceptionnelle de son épouse. Quand il est en difficulté, il la fait même appeler sur le champ de bataille ! 

            Sémiramis se transforme alors en cheffe militaire courageuse. Aussitôt elle enfourche son cheval et le rejoint pour prendre la mesure du terrain et coordonner l’ensemble de leurs forces armées. Or dans ces temps antiques, il n’est pas si évident pour une femme de rallier une armée. Peu importe. Sémiramis ne connaît point d’obstacle. Elle enveloppe sa silhouette sportive dans un vêtement ample que l’on qualifierait aujourd’hui de « vêtement mixte ».

            La trouvaille est efficace : non seulement l’habit agit comme laissez-passer en masquant son identité féminine mais il est aussi d’une commodité incomparable pour monter à cheval. 

            C’est ainsi qu’on attribue l’invention du pantalon à Sémiramis. Il s’agit vraisemblablement d’une sorte de sarouel.  Ainsi les habits ont-ils assurément une fonction pratique. 

            Personne n’ignore la portée de cette brillante idée qui aujourd’hui encore facilite les initiatives des femmes dans le monde sportif ou dans certains domaines professionnels.  

*Nota BeneEntre mythe et réalité, c’est souvent le mythe qui prend l’avantage. Les écrits d’Hérodote et Ktêsias, historiens grecs du Vème siècle avant J.-C., de Diodore, historien grec du Ier siècle avant J.-C. ou de Polyen, écrivain grec du IIème siècle, floutèrent quelque peu certains détails historiques pour faire de cette illustre femme, une légende mystérieuse dont il conviendrait de se méfier… En effet, la mémoire collective assimile la plupart du temps Sémiramis à une séductrice hors pair 🥺.  Pourquoi les hauts-faits des femmes sont-ils si souvent minimisés ou « travestis » 😉 par leurs rapporteurs ?

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

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JUIN 2021

Qu’est ce qui fait bouger les héros ?

MOTIVATION est un mot plein de promesses. On trouve ses racines dans le verbe latin movere qui signifie “bouger”, “ébranler”, “remuer” ou encore “se déplacer”, “se mouvoir”, “mettre en mouvement”, “agiter”, “promouvoir”, “émouvoir”. L’histoire des mots est parfois étonnante et nous laisse un bel héritage. Ainsi retrouve t-on l’ADN de movere dans “moteur”, “mouvoir”, “mouvement”, “meuble”, “mobilité”, “mouvance”, “ÉMOTION“.

Super-Héros en pyjama; Entre Mythe et Réalité – Géraldine Crevat 2017

Dès que vous vous trouvez en présence d’un de ces mots, il convient de penser au mot énergie ! Qu’est ce qui fait bouger un héros ? Pourquoi se met-il en action ? Quelle est sa motivation ?

Qu’est ce qui VOUS fait bouger ? Pourquoi VOUS mettez-vous en action ? Quelle est VOTRE motivation ?

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MAI 2021

Pourquoi le mois de Mai s’appelle-t-il ainsi ?

Il y a très longtemps, le géant Atlas fut condamné à porter le ciel sur ses épaules… Savez-vous pourquoi ? Il fut puni ainsi par Zeus parce qu’il cherchait à connaître le secret des dieux… Or au cœur de cette voûte céleste qu’il supporte de toutes ses forces, se trouve une merveille qui brille de mille feux : Maia – Μαῖα…

            Avant de relier Maia au mois de Mai, il nous faut conter son histoire… Maia est l’aînée des sept filles qu’Atlas eut avec la divine Pléioné. Cette descendance fut appelée « les Pléiades » en référence à leur mère. On dit qu’elles furent les compagnes d’Artémis, déesse de la chasse.

             La jeune nymphe Maia était très belle. Très discrète aussi. Elle fuyait la société des hommes tout autant que celle des dieux et vivait dans une grotte cachée. Quelle aubaine pour Zeus l’infidèle ! Alors que celui-ci redoutait d’être surpris par sa femme Héra lors de ses nombreuses incartades, il fit la cour à Maia « en secret », quand la nuit fut devenue noire. 

             De ces amours clandestines naquit Hermès, un dieu étonnant par la précocité qui le caractérisa et qui dès sa naissance, alors qu’il était encore dans son berceau, chanta la passion entre son père Zeus et sa mère Maia*. Cet enfant si singulier ne connut pas d’enfance et s’émancipa très vite du sein de sa mère. Maia accorda alors tout son amour maternel à Arcas – fruit d’un autre adultère de Zeus avec la nymphe Callisto et futur roi fondateur d’Arcadie*. Elle adopta et éleva ainsi cet enfant dont la mère, moins chanceuse qu’elle, avait été chassée après avoir subi la colère de l’épouse offensée, Héra. 

            Vous l’aurez compris, à travers les récits mythologiques, Maia représente la figure maternelle bienveillante, bonne, sage et généreuse. Entre mythe et réalité, Maia rassure les hommes qui l’associe volontiers au métier de sage-femme – d’où le mot maïeutique.

            Poursuivons l’histoire de Maia, l’aînée des Pléiades. 

            Étroitement liée au monde de la Chasse et de la déesse Artémis, Maia fut traquée, tout comme ses sœurs, par le chasseur Orion. Zeus décida alors de métamorphoser les nymphes en étoiles et de les placer dans la constellation du taureau, sous la poitrine de l’animal. Il fit d’ailleurs de même avec Orion qui aujourd’hui encore irradie dans le ciel nocturne, confiné non loin des pléiades. C’est au milieu de cet amas stellaire que vous verrez Maia ! Scrutez avec attention le ciel soutenu par Atlas : l’aînée des sept sœurs brille, lumineuse et généreuse !

            Mais alors, quel lien existe-t-il entre Maia et le mois de Mai ? 

            Ovide* croit connaître la réponse. En effet, le célèbre poète latin nous raconte qu’il y a fort longtemps, au VIII° siècle avant J.-C., un Grec originaire d’Arcadie* vint s’installer dans le Latium, là où plus tard Rome fut fondée. De son pays, il apporta sa culture et ses dieux dont la divine Maia, mère nourricière de celui qui fonda l’Arcadie. La nouvelle colonie participa au rayonnement de la Grèce dans le monde antique méditerranéen en mêlant ses légendes à celles des autochtones. Ayant assimilé cette divinité féconde et maternelle que représente Maia, les Romains lui consacrèrent tout naturellement le mois de Mai, un mois de générosité printanière. 

      Voilà comment l’ancienne déesse gréco-italique figure encore de nos jours sur nos calendriers… Parfois, le ciel étoilé se prend pour un vieux grimoire et nous raconte les intrications culturelles des hommes…

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

*Arcadie : région de Grèce au cœur des montagnes du Péloponnèse. / * Ovide, Ier siècle avant J.-C.

** Conseils de lecture : Hymne homérique consacré à Hermès, « Les Fastes » Ovide, V

Et pour les curieux qui aiment le muguet, voir l’article de Mai 2020 intitulé “Fleur de Mai” →

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AVRIL 2021

Deviens ce que tu es : un petit conseil énigmatique signé Pindare* !

« Deviens ce que tu es » apparait comme une proposition réconfortante. Mais que signifie cette énigme ? Comment pourrions devenir ce que nous sommes déjà ?

L’olivier, symbole de sagesse…

            En ce printemps 2021, nous subissons encore les effets délétères de la pandémie. Désorientés par l’obligation d’une remise en question de nos « vies d’avant », nous tentons tant bien que mal d’inventer nos « vies d’après ». Alors… qu’allons-nous devenir ?!

            Il y a 2.500 ans, les Grecs affrontaient eux aussi les aléas de la vie. Leurs émotions, leurs individualités, leurs envies, leurs découragements, leurs questionnements existentiels s’exprimaient tout comme les nôtres au cœur de leur communauté, de leur société.  Alors même que la Grèce antique était à cette époque le ferment de multiples philosophies, le poète Pindare effeuillait les mythologies et mettait en lumière les pistes possibles d’une réflexion intérieure.

            En peignant les aventures mythologiques, Pindare les présente en miroir à ses contemporains pour les faire réagir, les mettre en garde contre de possibles aveuglements, les confronter à leurs émotions. Dans l’idéal grec, le collectif ne peut se construire que grâce à la responsabilité de chacun. Ainsi, Pindare prévient : à celui qui se laisse aller aux illusions faciles et refuse de prendre sa vie en main, il dit : Deviens ce que tu es après avoir appris qui tu es – Γένοι᾽, οἷος ἐσσὶ μαθών 

            Aujourd’hui, beaucoup ne citent que la moitié de cette formule. Or cette idée n’a de sens que si l’on a appris à bien se connaître, si l’on sait qui l’on est vraiment afin de participer à construire le collectif en étant à sa juste place. 

            Pour cela, il est utile de prendre le temps de relire ses propres expériences, de rester authentique, de réfléchir – φρόνεἶν -, de faire l’effort de s’écouter et de se voir traverser les épreuves de la vie pour mieux comprendre ses émotions. Nos aventures de vie nous aident à devenir nous-même, à saisir notre propre manière de fonctionner, à révéler notre personnalité.

Devenir soi-même, ce n’est pas seulement « être », c’est un chemin intérieur à dérouler.

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

*Pindare : ca. 518 – 440 avant J.-C. – Pythique II

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MARS 2021

Bilan d’un arrêt sur image.

Figés dans nos quotidiens en 2020, nous avons tous été contraints à un changement de comportements qui aujourd’hui encore nous parait inouï. Alors une fois de plus, le défi s’impose : comment l’Humanité va-t-elle rebondir pour s’adapter à la situation ?

La première conséquence de cette pandémie mise en lumière, c’est la conscience de l’impermanence de la vie. Nos sociétés occidentales l’avaient presque oubliée. Car depuis quelques décennies, les fulgurants progrès technologiques qui accompagnent nos quotidiens et facilitent nos devenirs nous ont plongés dans un sommeil profond, faisant de nous des Ulysse, parfois arrogants, qui se débattent entre mythe et réalité pour devenir les maîtres de la Nature. Alors que la biomasse est supplantée par la masse des objets artificiels, il est légitime de se poser la question : quel est le sens de la vie ?

C’est à un minuscule virus que revient la charge de dire stop aux excès, stop à l’Hybris.  Après l’effet de surprise qu’il suscita, l’Humanité se reprend. Face à l’impuissance, elle s’organise. Elle se recentre. Elle est résolue à surmonter l’épreuve et connaître la résilience. Pour cela, elle est dotée d’une formidable énergie. 

Les Grecs de l’Antiquité savent combien Prométhée a été généreux en offrant aux hommes la capacité de raisonner et de créer pour faire face aux fléaux et adoucir leur condition d’existence*. Ainsi, grâce à Prométhée, l’Homme saura déceler les secrets de la Nature. Ainsi, grâce au mythe, l’Homme est averti du danger qu’il encoure s’il va au-delà de ses réels besoins. 

Il n’est donc pas question de revenir à l’ancien monde ! Le vrai défi est de créer le nouveau avec rationalité.

Le faisceau de lumière qui nous parvient de la Grèce antique ne décline pas. Il éclaire aujourd’hui plus que jamais, notre monde affaibli. Comment avons-nous surmonté les conséquences de toutes les pandémies précédentes, si ce n’est grâce à notre capacité de raisonnement, à notre intelligence, à notre vaillance ! N’est-il pas enrichissant de lire nos aventures passées pour construire l’avenir ?

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

* Les curieux pourront retrouver Prométhée, bienfaiteur de l’Humanité, au hasard des textes d’Hésiode, Eschyle, Platon, Lucrèce, Ésope, Pausanias, Ovide… 

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FÉVRIER 2021

Le coup de pouce d’Isocrate* pour tenir nos bonnes résolutions 2021 et gagner en confiance

« Cultive toutes les formes d’activité qui intéressent la vie, mais développe surtout ton intelligence : un esprit solide dans un corps humain, c’est la plus grande force dans la plus grande faiblesse. Habitue ton corps à aimer l’effort, ton âme à aimer la réflexion, afin d’être capable, grâce à l’un d’exécuter tes volontés, grâce à l’autre de pressentir ton bien.** »

La sagesse de la pensée grecque est d’une pertinence fascinante n’est-ce pas ? La réussite de nos bonnes résolutions dépend à n’en point douter de trois principes incontournables : 1- la constance, 2- l’ouverture d’esprit, 3- l’écoute de soi. 

Est-il raisonnable de viser un objectif sans plan d’action, sans le réfléchir ? Qui n’a point fait l’expérience d’un projet qui s’avéra au fil du temps trop ambitieux ou clairement inconséquent ? Dans ce cas, le bénéfice des bonnes résolutions est médiocre et très décourageant !

Mais si au contraire, nous savons nous écouter – pressentir notre bien – nous nous donnons alors toutes les chances de parvenir à nos fins. Ainsi, l’objectif fixé est adapté à notre potentiel. Il devient réalisable et le challenge sera plus facilement maîtrisé. Notre intellect dialoguera avec notre corps en toute simplicité, et vice versa. Voilà un excellent moyen de renforcer une bonne confiance en soi !

Ainsi, “arrêter de fumer”, “faire plus de sport”, “manger plus sainement”, “faire des économies”, “faire du Yoga” ou encore “passer plus de temps avec ses proches” sont autant d’exemples de bonnes résolutions qui nécessitent une réflexion préalable, un plan d’action, une stratégie.

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

* Isocrate 436-338 avant J.-C., extrait À Démonicos, 40
**traduction E.J. Chevalier, R. Bady

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JANVIER 2021

Quand le XXI° siècle invite la 21ème année…

L’année 21 arrive. Toute neuve. Innocente. Timide presque. Il faut bien avouer que sa mission n’est guère enviable ! Il faut pousser 20 l’impopulaire, et se faire aimer. Sous la pression des circonstances, 21 est toutefois inséparable de 20. On la nomme 2021 et partout dans le monde, on la met au défi. Chargée d’espérance, elle devra nous revigorer, nous rassurer et nous ouvrir les portes d’un monde différent. 

Installé pour C* ans, ce siècle qui accueille l’année 21 se drape dans un habit de chiffres romains : XXI.  Lui aussi revendique le même nombre. Il s’impose et en impose depuis 20 ans déjà, de manière presque immuable. Seuls ceux nés sous son règne, auront de fortes chances de le voir détrôné ! Alangui, il s’accorde le temps dont il a besoin et ne commencera à s’émanciper que vers la fin de son mandat.

Mais pour le moment, c’est bien le XXI° siècle qui abrite notre génération, notre évolution, nos progrès technologiques, nos discernements. Aujourd’hui, il se laisse écrire à l’antique, comme toutes les choses difficiles à saisir rapidement avec nos sens. La numérotation latine ne brille pas par sa dynamique. Gardons-la comme tête de chapitre ! Car cette architecture solide nous rassure : ce XXI° siècle nous offre C ans de sagesse. Cela nous laisse le temps d’aviser. Gageons que les années rebelles et indisciplinées, à l’instar de sa 20ème, se dilueront dans la longue marche de l’humanité. Tournons la page de 2020 !

Au fait, est-ce XXI le siècle ou 21 l’année qui nous guidera vers un monde meilleur ? Et si la conjonction des deux menait à une harmonie parfaite ? Assurément, ces deux nombres alignés auraient pu séduire Pythagore !

                 *pour les Romains, C = 100 et V = 5

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

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DÉCEMBRE 2020

L’humanité se mobilise pour le plus grand plaisir d’Athéna !

Voilà moins d’un an que le monde a pris conscience de ce pernicieux virus qui colonise non seulement nos organismes mais aussi nos habitudes… Depuis, l’Humanité s’active pour se protéger. Elle s’adapte, improvise, imagine, conçoit, innove. 

Face à la COVID19, elle réfléchit à de nouvelles stratégies. Partout les hommes se sont mis au travail. A n’en point douter, Athéna, la déesse de l’ingénierie, de la guerre et de la sagesse leur souffle en secret l’inspiration nécessaire… 

Toutefois, c’est la toute première fois qu’une attaque d’un ennemi invisible nous surprend alors que nous sommes dotés d’outils numériques… Et cela change tout !

Certes, ce n’est pas la première fois qu’une pandémie touche l’espèce humaine. Les textes anciens témoignent avec fatalisme de ce fléau impalpable et nous alertent tant sur sa malignité que sur ses soudaines offensives… 

En effet, aujourd’hui, les Hommes communiquent, échangent en temps réel, partagent leurs savoirs, leurs découvertes, leurs doutes et leurs victoires à grande échelle. Et l’humanité dans son ensemble devient UN contre l’invisible pour la toute première fois. Elle fait bloc, se dresse, interroge toutes les intelligences et toutes les sensibilités dont elle est composée. Les outils d’aujourd’hui éclairent ses atouts et ses moyens d’agir.

Certes, je vous l’accorde : l’utopie d’une humanité soudée peut paraitre dérisoire… Il n’aura échappé à personne que les enjeux économiques des vaccins attendus et expérimentés font état de leur impatience. Peu importe. Retenons de cette coalition d’Humains en mouvement, leur bonne volonté à gagner le combat. Ce chalenge international est inédit. Il polarise les recherches, les nouvelles technologies, les ressources pour le plus grand plaisir d’Athéna, fille de Métis* !  

                 *Mètis : déesse grecque de la sagesse et de l’intelligence stratégique. Elle est la mère d’Athéna. La « mètis » signifie pour les Grecs l’intelligence, l’esprit vif, l’anticipation, la ruse. 

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

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NOVEMBRE 2020

Des clusters d’un virus inquiétant : l’Hybris.

Vous l’aurez remarqué : que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur les plateaux T.V., qui se soucie de « dire juste » et de partager seulement ses réelles connaissances et compétences ? 

Ainsi, à propos de potentiels traitements médicamenteux pour lutter contre la COVID-19, chacun donne son avis

                  Ici, ce sont des économistes issus de toutes écoles qui nous expliquent les bienfaits thérapeutiques de diverses molécules pharmaceutiques. Assurément, ils savent.

                  Là, ce sont des politiciens de tous bords qui avancent les stratégies médicales utiles à éradiquer le SRAS-COV-2. Point de doute, ils savent.

                  Là encore, des journalistes sportifs, météo ou spécialisés High-Tech mettent en avant telle ou telle croyance spéculative sur la vigueur et les comportements du coronavirus… Incontestablement, ils savent.

                  Certes, nous avons besoin de tous les regards, de toutes les professions pour éclairer cette pandémie. Car c’est en mutualisant nos forces, nos intelligences et nos intuitions que nous parviendrons à parer les attaques inédites de ce virus. 

                  Toutefois, veillons chacun à ne pas nous prendre pour un autre ! Veillons à ne pas encombrer de croyances inutiles, malodorantes et anxiogènes, nos quotidiens déjà bien affectés par un deuxième confinement…

« La méthode scientifique exige que l’on définisse d’une manière exacte et précise, sans rien omettre, et sans rien dire de trop » 

Cicéron – 106-43 avant J.-C. De oratores

Assurément, cette phrase de Cicéron à propos des discussions des experts est à claironner sur tous les réseaux sociaux et avant les talk-shows ! 

                  En finissant sa phrase par « …sans rien dire de trop », Cicéron fait référence à la formule d’un des sept sages de la Grèce antique, Solon*,  Mêdèn agan / Μηδὲν ἄγαν : “rien de trop“. 

Dans l’esprit des anciens, lorsqu’un individu n’était pas à sa place et se prenait pour un autre, il fragilisait l’équilibre du monde. Ce concept de la pensée antique se nomme Hybris- ὕϐρις. Il nous rappelle qu’agir dans la démesure, dans l’excès, avec orgueil et arrogance, conduit à l’échec. 

            Aujourd’hui, notre préoccupation est avant tout médicale. Elle nécessite l’avis d’épidémiologistes, de médecins réanimateurs, d’urgentistes, du personnel hospitalier, de médecins généralistes, de pneumologues etc. Ce sont eux les premiers experts légitimes à nous informer au plus juste des faits sur ce mystérieux virus. Ainsi informés, économistes, politiciens et divers commentateurs pourront être experts à leur tour sur les sujets qui les concernent. 

                  Lorsqu’ils sont limités à leurs domaines de compétences, les discours d’experts sont fluides. Ils participent à notre force mentale collective, celle-là même qui nous invite à nous mobiliser pour triompher des épreuves. Loin de projeter angoisses et fausses certitudes (fake-news) sur nos esprits crédules, ils renforcent notre endurance. Ils ne sèment ni confusionni polémiqueni torpeur.  Bien au contraire ! 

                 *Solon d’Athènes – VII°- VI° siècle avant J.-C

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

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OCTOBRE 2020

CORONA par-ci… CORONA par-là…

Vous ne pouvez y échapper ! Il se glisse au cœur de tous les réseaux sociaux, dans les journaux, sur les plateaux télé…Corona par-ci…Corona par-là… 

Vous le savez, corona évoque une couronne. Et le bien nommé « coronavirus » est un virus qui par sa forme, rappelle une couronne. Aujourd’hui, lorsque nous prononçons le mot corona, nous pensons tous à un “virus” et non à une “couronne” n’est-ce pas ? 😉

         Et si nous laissions pour un temps ce lexique médical emprunté au latin pour retrouver corona à la mode antique…

         Dans l’Antiquité, tout particulièrement à Rome, une couronne est principalement décernée à un triomphateur. Il s’agit d’une marque de déférence, de respect, de remerciement d’un peuple à un chef militaire s’étant distingué.

         Si à Rome, la couronne a plutôt une valeur symbolique lié aux faits militaires ou aux services rendus à la communauté, dans la Grèce antique, chacun pouvait l’arborer sans avoir besoin de s’illustrer au combat ! Corona aurait tout à fait pu se retrouver sur votre tête, même si vous n’aviez aucune ambition de conquêtes… 

En doutez-vous ? 

         Une couronne est avant tout une guirlande (stephanos – στεφάνος). Les anciens la fabriquaient avec des fleurs naturelles ou des feuillages entrelacés et cousus. Parfois cette couronne était façonnée en or ou en métal précieux.

         Dans les temps reculés de la Grèce antique, ce simple objet de parure revêtait une signification particulière. Il évoquait la notion d’excellence, de génie. C’était un peu comme accéder au divin… D’ailleurs, les couronnes de fleurs étaient portées à dessein lors des grandes processions dédiées aux dieux de la Cité. À exception de ces circonstances festives, il fallait donc mériter Corona et cueillir des lauriers…

         On pouvait par exemple offrir cette parure au meilleur des poètes pour ses vers délicats à l’occasion de concours organisés. Notons qu’Apollon, guide des muses et dieu des poètes, a comme attribut principal, une couronne de lauriers… Pourquoi le laurier ? En souvenir d’un amour impossible avec Daphnée. La nymphe fut en effet métamorphosée en cet arbrisseau pour lui échapper… Voilà comment Daphnée – Δάφνη – donna son nom au laurier. Voilà pourquoi Apollon se pare de sa bienaimée.

         Mais cette distinction pouvait valoriser aussi un exploit physique, un acte de courage, de dépassement de soi à l’instar de la couronne posée sur la tête du vainqueur des Jeux à Olympie. L’effort qui consiste à se surpasser pour atteindre le meilleur de soi était reconnu comme un modèle à suivre et faisait la fierté de toute la communauté. Une vraie consécration !

                  Certes, il nous est difficile à nous hommes modernes, de comprendre comment une simple couronne pouvait être le symbole de l’excellence absolue. C’était assurément un signe de considération qui inspirait la joie, l’intégrité, le courage, la pureté. Voilà dans cet objet, beaucoup de l’esprit de la Grèce antique ! 

         Pour conclure ce petit tour de corona, vous conviendrez avec moi que cette conception de la couronne reste bien éloignée de l’insigne royal auquel nous avons l’habitude de la rapprocher et est encore plus détournée du corona qui nous occupe aujourd’hui !

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

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SEPTEMBRE 2020

Dieux et Héros grecs, tous à l’école !

Savez-vous que les dieux et les héros ont eux aussi leur PROF ? Certes, celui-ci est un peu étrange.  Il s’agit d’un Centaure. Mais qu’est-ce qu’un Centaure ?

Dans la mythologie grecque, les CENTAURES sont représentés par des créatures hybrides. Mi-homme, mi-cheval, ils sont ancrés dans la terre grâce à leurs quatre sabots et se dressent hommes à partir de la taille. Ainsi, bras, buste et tête sont de figure humaine. 

Les Centaures incarnent une dualité entre fougue animale incontrôlable et civilisation.  Ils symbolisent la double nature de l’être humain. 

Le cheval est conforme à l’état de la nature sauvage, libre, indomptée.  Les élans primitifs des Centaures s’accompagnent souvent de violence et de brutalité.

Puis, le corps du Cheval se redresse et se prolonge par celui d’un Homme. Le buste des Centaures fait de ces créatures des ÊTRES EN DEVENIR

Et s’ils sont rustres par leur aspect animal, il leur est toutefois donné la possibilité d’évoluer différemment… Toutefois dans les mythes, rares sont ces instants d’éveil ! Les Centaures restent le plus souvent à l’état sauvage.

Seulement deux centaures, Pholos et Chiron, semblent capables de maîtriser leur nature profonde…

“Prof CHIRON”

Aujourd’hui, c’est CHIRON qui retiendra notre attention. Car Chiron est celui qui transmet les savoirs, qui éduque les dieux et les héros, qui prend soin des autres, qui partage ses connaissances du monde qui nous entoure.  Ainsi, le dieu de la médecine Asclépios, le dieu Apollon, les héros d’Homère Ulysse et Achille, Pelée, Thésée, et bien d’autres encore ont bénéficié dans leur jeunesse de ses enseignements civilisateurs. 

La bienveillance de « PROF Chiron », permet aux dieux de devenir meilleurs encore et aux héros d’agir en pleine conscience. Botanique, justice, musique, littérature, médecine, architecture, géométrie, savoir civique, technologies, sport etc., pour un ancien, tout mène à la réflexion individuelle et par conséquent, à la philosophie.

L’éducation est un outil précieux pour l’équilibre des sociétés. Les Grecs de l’Antiquité ne l’ont jamais oublié, même au cœur de leurs légendes…

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

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AOÛT 2020

Le Liban au fil de l’antiquité…

4 Aout 2020 : onde de choc sur Beyrouth. Depuis des millénaires, les peuples qui vivent sur le front méditerranéen de ce Proche-Orient connaissent le prix de l’impermanence de la vie.

Tyr , Sidon, Beryt, Byblos… dans l’Antiquité ces villes du Liban actuel s’inventent comme de petits festons sur le bord de mer, appelant leurs habitants à explorer le monde, là-bas, au-delà de l’horizon marin.

Les bateaux s’aventurent, offrant à ce peuple antique, un destin de grands navigateurs couplé à une identité de commerçants internationaux.

Dans leurs embarcations, il y a des marchandises exotiques venues de tous pays mais aussi des idées interculturelles et des mythes lointains qui colonisent peu à peu le pourtour de la Méditerranée, mêlant des dieux et des héros nés aux quatre coins du monde antique. La grande Carthage est leur comptoir le plus fameux.

Sous la protection des grands empires de l’Antiquité ( Égyptien, Achéménide, Perse, Grec, Romain…), ces hommes bénéficient dès l’Âge du Bronze des atouts d’une multitude de cultures brillantes. 

Mais ce qui caractérise leur vie de tous les jours, c’est l’exploitation d’un petit coquillage généreux, le Murex. Celui-ci leur offre l’opportunité d’un savoir-faire unique : la production de pourpre. Leurs habits tout comme les voiles de leurs bateaux, rayonnent de ce rouge si caractéristique qui prendra une valeur inimitable dans tout le monde antique et sera convoité par les grands Rois et les petits.

Il y a 4.000 ans, Eux s’appelaient Cananéens. Mais les Grecs de l’Antiquité, admirant leur talent de teinturiers, les nommèrent PHÉNICIENS. Pourquoi ? Parce que phoînix – φοῖνιξ signifie en grec ancien, couleur de sang, et par extension couleur pourpre.

Les Grecs, eux-mêmes en constante ouverture d’esprit, avaient bien compris tout leur intérêt à fréquenter de tel voisins… L’île de Chypre fut le trait d’union entre ces deux peuples. Et les Grecs qui avaient entrepris une ambitieuse révolution intellectuelle, s’empressèrent d’emprunter à ces Phéniciens avisés, leur alphabet. Ce génial système de communication s’il est utile aux marchands, pouvait être non moins efficace pour véhiculer des idées philosophiques… Les Grecs ajoutèrent les voyelles et le tour fut joué !

Les Phéniciens étaient des artisans incomparables. Ils maîtrisaient entre autres, une technique de verre soufflé qui attirait les convoitises par sa transparence étonnante.

En 333 avant J.-C., suite à la bataille d’Issos, Alexandre le Grand annexa la région. Ses héritiers séleucides et lagides ferraillèrent tant le pays était prospère et enviable. Les Grecs apportèrent leurs savoirs. Puis, au Ier siècle avant J.-C., les Romains eurent de nouvelles prétentions pour ces terres, construisant par-dessus les édifices grecs…

La succession de toutes ces cultures fit de ces terres une mosaïque incontournable du monde antique. Cette mémoire est précieuse à notre compréhension de l’Antiquité et demeure notre patrimoine universel. 

Suggestion de lecture : HERODOTE, livre III

Géraldine Crevat – Tous droits réservés

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JUILLET 2020

L’intuition, cette contre-croyance…

Inaliénable, implacable, votre intuition s’impose.  Il vous a fallu peu de temps pour estimer cette personne inconnue, cette chose nouvelle ou cette situation inédite. Tous vos sens ont donné leur avis !

Mais soudain, voici qu’une sournoise pensée vient déloger votre appréciation… 

– Et si je me trompais ?

Une armée de croyances se dresse, redresse et corrige le tir. Le doute, grand commandant en chef, installe le camp, organise l’incertitude, efface les premiers sentiments, fait appel au raisonnable…

Embarrassé, vous laissez faire l’analyse. 

C’est alors que les croyances limitantes ferment la marche… Elles sont si nombreuses à tergiverser ! Elles sont si nombreuses à troubler votre bon sens ! Elles sont si nombreuses à figer votre libre-arbitre !

Voyez-vous ces dernières ? Les entendez-vous ? Les sentez-vous ? Les identifiez-vous ?

Et si parfois, vous écoutiez votre intuition* ? Celle-ci saurait-elle vous aider à les démasquer ? ?

* Dans la Grèce antique, l’intuition était souvent un sentiment expliqué par une inspiration divine, la lumière aidante d’un dieu bienveillant… Ainsi, les héros de la Mythologie expliquent-ils leurs intuitions par des pensées soufflées par les dieux. Ce sentiment les pousse à agir. En effet, ils se sentent rassurés par Apollon, Athéna et bien d’autres encore qui, selon leur champ d’action, sauront les guider et leur permettre de se dépasser… Dans l’Iliade et dans l’Odyssée, Homère dépeint avec subtilité la danse des dieux de l’Olympe qui veillent et conseillent entre mythe et réalité.

Géraldine Crevat – Tous droits réservés